FRISSONS (1974)

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FRISSONS
(Parasite Murders / Shivers)
de David Cronenberg 1974

avec Paul Hampton, Joe Silver, Lynn Lowry, Barbara Steele, Allan Migicovsky, Susan Petrie, Ronald Mlodzick, Barry Baldaro, Camil Ducharme, Hanka Posnanska, Wally Martin, Vlasta Vrana, Sylvie Debois, Charles Perley, Al Rochman, Julie Wildman, Arthur Grosser

Avant de se donner la mort, l’éminent professeur Karl Emil Hobbes a étranglé, puis éventré, et finalement arrosé d’acide les viscères de sa jeune voisine Anabelle. Un confrère, le Docteur Roger St. Luc, décide d’enquêter sur l’affaire, et plus particulièrement sur les derniers résultats des recherches du professeur Hobbes. Non loin de là dans les appartements voisins, d’autres personnes commencent à souffrir de douleurs au ventre.

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Frissons est le premier film de David Cronenbrg. Un film imparfait mais d’une profondeur et d’une intelligence rare dans le cinéma de genre.En un seul film l’univers de ce réalisateur s’étale, se repend sous nos yeux avec force et précision.Ici le point central de l’histoire est l’homme, mais pas dans une notion spirituelle ou globale mais l’Homme simple masse de chair complexe dont la composition organique prime sur le reste.
Un univers propre au réalisateur canadien qu’il prolongera et autopsiera jusqu’à sa déshumanisation dans son remake de La Mouche. L’Homme n’est qu’un mammifère qui lutte pour sa survie, dont les plus terribles dangers se nomment maladie et mort….

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Dans ce film étonnant par son côté visionnaire (comment ne pas voir de rapport avec le fléau du Sida à venir) et incroyablement dérangeant, non seulement par ses images malsaines et sanglantes mais par l’idée même du film. Un virus transmissible sexuellement transforme les êtres en de frénétiques fornicateurs par un processus douloureux et révulsif.Le sexe occupe ici les devants de la scène sans pourtant le moindre acte clairement montré mais présent dans presque tous les plans surtout lors de la seconde partie du film.
Ici pas de place pour une sexualité partagée dans l’amour, le désir ou la passion, mais dans un besoin compulsif, maladif obtenu sans le consentement de son ou sa partenaire. Mais là où le film sort de tous les schémas connus est le fait que la sexualité concerne toutes les victimes et sans distinction d’age, de race ou de précepte moral (homosexualité masculine et féminine, pédophilie, orgie, etc…).

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Une œuvre qui sous air de film « gore » (plus dans le sens du malaise généré par les images que par des excès sanguinolents) nous renvoi l’image d’une libération sexuelle faisant des ravages dans ces années 70. Mais une sexualité qui passe par la transmission d’un parasite, végétant dans les entrailles des contaminés, prenant possession de leurs plus primitifs instincts et qui de part son aspect phallique ne laisse aucun doute sur son symbolisme. Ainsi lors d’un baiser entre deux femmes, le parasite passe de la bouche d’une contaminée à l’intérieur de sa victime saine en apparence mais qui à son tour sera prise dans cette forme de désirs incompressible de chair.

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Sur bien des points le film de Cronenberg nous renvoie l’image de celui de Romero (La Nuit des Morts-Vivants). Si dans ce dernier les « monstres » étaient des personnes décédées revenant à la vie, avides de se repaître de chairs humaines pour combler un désir et un besoin, pour les contaminés de Cronenberg, il s’agit de la même envie charnelle, mais non pas de se nourrir au sens propre du terme, mais de nourrir ses pulsions sexuelles. D’ailleurs dans plusieurs scènes de groupe, les victimes du parasite se déplacent de façon étrange, proche de l’imagerie courante des zombies de Romero.

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Mais dans Frissons les contaminés ont pleinement conscience de leur état et une fois passée la période d’incubation, sont parfaitement en harmonie avec leurs nouvelle forme de vie. Ainsi, dans plusieurs scènes ont remarque une certaine sensualité dans le regard ou le déhanchements de ces corps avides, mais une sensualité qui laissera vite place à une forme bien plus immonde lors du contact sexuel.
Ainsi même si ce que l’on pourrait appeler les prémices, voir « préliminaires » étant donné le sujet, conservent dans certaines scènes une connotation de désir et de séduction, l’acte charnel lui nous est montré comme bien moins agréable et plus douloureux. Face à ce parasite, il n’existe que deux choix au final : la contamination et l’espoir de vivre sans aucune barrière morale ou la mort dans la souffrance.

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Mais là ou Frissons surprend encore est dans son aspect froid et totalement déshumanisé. Tout le film, hormis quelques scènes explicatives, se déroulent dans un immense lieu clos : un immeuble ultra-moderne et quasi autonome se trouvant sur une ile dans la banlieue de Montréal.
Un building gris et austère, possédant des couloirs blancs et des appartements meublés très années 70 où les éléments les constituant sont impersonnel et ne dévoilant aucun souvenir concernant les occupants.

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Dans le film les personnages ne sont que très peu développés et ne sont parfois réduits qu’à de victimes potentielles du parasite. Il est à noté que de nombreux acteurs présents ici sont des amateurs (premier film et budget plutôt mince) d’où leurs prestations parfois limite.Les seuls moments où le film retrouve une image et une ambiance plus humaine est lors de la présence des parasites. Comme si par ces changements de lumière et d’aspect, Cronenberg nous indiquait que le concept de l’humanité tel que l’on peut la concevoir dans nos sociétés n’est qu’un leurre. La vrai humanité est celle faite uniquement de chair et sang, dans son aspect le plus primitif sans la moindre notion de spiritualité, libérée de toute oppression sociale et morale.Nous sommes tous des porteurs potentiels de parasites.

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Autre fait anecdotique mais curieux, Frissons semble avoir fortement inspiré un jeune scénariste, Dan O’Banon, qui quelques années plus tard racontera l’histoire d’un parasite se développant dans le corps humain, dans un lieu clos ou tout échappatoire paraît impossible : Alien !Car de trop nombreuses « coïncidences » lient ces deux films : le parasite dans le corps humain, une scène de sortie douloureuse par la poitrine, l’acide causant des plaies fumantes, l’immeuble remplacé par un vaisseau, etc….

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Mais Frissons est également un film très dérangeant par ses scènes très viscérales et sanglantes. Avec ses parasites rappelant inévitablement un pénis, mais gluant et sanglant, il provoque en nous un véritable rejet physique. Ces parasites se déplacent dans l’organisme, chose que l’on aperçoit longuement dans certaines scènes, mais également hors du corps de l’hôte nous dévoilant leur répugnante apparence.Cette forme d’horreur mêlée à de nombreuses allusions sexuelles très explicites (viol comme seul acte sexuel, rapports entre hommes, entre femmes mais également un homme avec une femme et sa petite fille, un vieillard avec sa jeune fille, fille mineure maîtresse de nombreux hommes murs de l’immeuble, deux jeunes sœurs jumelles tenues en laisse et aboyant comme des chiennes…) renforce un malaise profond, comme si le film devenait un parasite qui se frayait un passage dans nos cerveaux pour mieux nous atteindre une fois le film fini….malgré le fait qu’aucune scène de rapport intime ne soit montré par Cronenberg.

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Frissons est définitivement une œuvre à part dans le cinéma de genre (comme beaucoup des films de son réalisateur) car tant par son imagerie malsaine violente voir troublante (les contaminés semblent vivre sereins et en parfaite harmonie). Le premier film d’un véritable auteur n’hésitant pas à s’aventurer loin des sentiers battus, poussant sa réflexion jusque dans les viscères de ses victimes, ne nous épargnant rien tant sur la forme que sur le fond mais dont chaque acte est totalement justifié par son sujet : l’homme n’est qu’un animal fait seulement de chair et sang.Une forme de vie parmi tant d’autres et dont les véritables ennemis ne viennent pas d’une autre planète mais sont blottis au plus profond de chacun. Une humanité sans aucune défense face à ces « parasites » grouillant dans son corps, aussi microscopique soit-il, car en dehors de la chair, il n’existe rien d’autre…..

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Une oeuvre forte et très intense que chacun pourra analyser selon son propre point de vue et qui prouve par-là même que ce réalisateur canadien est l’un des plus passionnants dans le monde ultra-conservateur du cinéma nord-américain.

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La maladie est une forme d’amour entre deux êtres étrangers, nous dit Cronenberg et pour mieux nous en convaincre, il nous offre une cathédrale filmique vouée à cette croyance, dont Frissons est la première pierre !

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